Groupes et indépendants, de l’atout au handicap
Il fût un temps où les marques horlogères n’appartenaient qu’à elles-mêmes. Un temps que, contrairement aux générations précédentes, les nouvelles générations de détaillants et de consommateurs n’ont pas connu. Le quartz a tout changé. Quand, en quoi et comment ?
Si la montre à quartz tient le haut du pavé jusqu’à aujourd’hui, bien vite après son apparition à Noël en 1969, la montre mécanique allait prouver qu’elle n’avait pas dit son dernier mot. Et c’est paradoxalement le quartz qui allait la faire renaître de plus belle. En 1983 naît un premier grand groupe horloger grâce au rachat par Nicolas G. Hayek de quelques conglomérats et marques indépendantes : ce qui deviendra le Swatch Group, qui compte actuellement 16 marques. Le succès mondial de ses modèles Swatch à quartz, aux designs hors du commun, financera alors le redéveloppement des montres mécaniques du groupe comme Breguet, Blancpain ou autres Omega.
En 1988, suivra la naissance du groupe Richemont qui se développera surtout en rachetant des marques haut de gamme comme Cartier, Panerai, IWC, Jaeger-LeCoultre ou Lange & Söhne. Au total, une dizaine de marques horlogères aujourd’hui.
Apparaissent également des groupes plus restreints : LVMH (TAG Heuer, Zenith, Hublot et Bulgari à côté des montres Dior et Louis Vuitton) ; Kering (Girard-Perregaux et Ulysse Nardin) ; Citizen Watch (Citizen, Bulova, Frédérique Constant, Alpina et Arnold & Son) ; et d’autres encore.
Mais subsistent toujours, des marques indépendantes comme Patek Philippe ou Audemars Piguet, et des Maisons ayant vu naître une marque dans leur propre giron : Rolex avec Tudor, Seiko avec Grand Seiko, Casio avec G-Shock, par exemple.
Alors, que préférer ? Des marques indépendantes ou des marques appartenant à un groupe ?
Pour les détaillants, les marques de groupe s’accordent souvent plus de pouvoir, réclamant des objectifs de vente, une surface d’exposition donnée ou un décor spécifique. Et pour le consommateur final, les groupes signifient souvent une standardisation sur le plan des mouvements et des composants, confiant leur différentiation au seul design des modèles.
Mais des labels indépendants peuvent eux aussi, comporter des inconvénients : l’arrêt de production d’un modèle et le manque de composants pour un SAV, ou carrément un changement de propriétaire avec des changements de culture d’entreprise à la clé. Signalons quand-même dans la foulée les atouts des deux formules.
Pour le consommateur, une marque indépendante affiche habituellement une personnalité plus marquée, sa production est souvent plus limitée et donc plus originale, tandis qu’une marque de groupe offre grâce au capital plus important de la maison mère, une impression de sécurité et une notoriété favorisant sa valeur de revente. Au rang des avantages pour les détaillants, ne sont pas négligeables les budgets que les groupes investissent souvent dans la publicité.
Au final, l’arbitre force donc les deux formules à s’incliner devant un match nul, même si les supporters de l’une ou de l’autre, auront toujours l’impression de soutenir la meilleure.
L’avis de Pieter-Jan Luyten à Turnhout
Pieter-Jan Luyten propose plusieurs marques moyen de gamme supérieur du Swatch Group, des groupes Movado et Festina, une marque du Groupe Richemont et deux indépendantes. Dans l’atelier s’activent 3 horlogers dont lui-même et son père. Fourchette de prix chez Luyten : de 500 à 10.000 euros.
Un exemple d’atout pour une marque de groupe ?
Nous choisissons nous-même les modèles à retenir. Personne ne nous réclame un shop in the shop car dans une ville moyenne comme Turnhout, nous avons une bonne clientèle familiale qui vient ici pour nous et notre magasin. Les marques le savent.
Et qu’en est-il des marques indépendantes ?
Seul Seiko nous guide quelque peu au niveau des stocks et du CA à atteindre car nous ne distribuons pas la marque depuis longtemps. Mais là tout se passe dans le cadre de rapports cordiaux. Cette nouvelle manière de mesurer le temps allait révolutionner l’industrie horlogère. En plein désarroi, les marques mécaniques haut de gamme suisses étaient confrontées à un cas de conscience : fallait-il désormais placer un mouvement peu cher et industrialisé dans une montre en métal précieux avec des pierres qui l’étaient tout autant ?
